Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/85

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INTRODUCTION ?5

la solution la plus naturelle des difficultés que les événements soulevaient devant eux. M. Aulard distin- gue, très justement, dans l'œuvre des révolutionnaires, deux sortes de mesures : « On dut à la l'ois légiférer rationnellement pour l'avenir, pour la paix, et légiférer empiriquement, pour le présent, pour la guerre (*) ». Pour les mesures empiriques et occasionnelles, Rousseau a fourni surtout des prétextes : mais l'œuvre systéma- tique et rationnelle des assemblées révolutionnaires porte l'empreinte beaucoup plus profonde des théories du Contrat social et en est très souvent directement inspirée. — 11 faudrait, pour prouver ce que je viens d'avancer, exposer en détail l'histoire de la Révolu- tion : je me contenterai d'apporter quelques exemples précis.

Dans la première partie de la Révolution, l'ancien régime est encore trop vivant pour qu'on puisse avoir seulement l'idée d'appliquer le système de Rousseau à une société qui repose sur des principes si différents des siens. Aussi l'influence du Contrat soe ial est, d'une part, partielle et fragmentaire, — Mirabeau, par exemple, l'in- voque dans une discussion sur le droit des majorités ( 2 ),

nous n'avons plus le temps de travailler; heureusement, nous avions des « avances d'idées » (cité par Jaurès, t. I, en. i, p. 38). 11 est certain que nul livre n'avait autant contribué que le Contrat.social à constituer ces « avances a'idées » où les hommes de la Révolution puisaient selon leurs besoins.

(*) Aulard, HisL. polit, de la Rév. fr., avertiss., p. vu.

( 2 ) Discours de Mirabeau, séance du 29 juillet 1789 : « Il n'est dans toute association politique qu'un seul acte qui, par sa nature, exige un consentement supérieur à celui de la plu- ralité, c'est le pacte social, qui, de lui-même étant volontaire, ne peut exister sans un concert unanime. L'un des premiers effets de ce pacte, c'est la loi de pluralité des suffrages. C'est cette loi qui constitue pour ainsi dire l'existence, le moi moral, l'ac- tivité de l'association. C'est elle qui donne à ses actes le carac- tère sacré de la loi en consacrant qu'ils sont en effet l'expression du vœu général... » Séance du 29 juillet 1889 ( cité par L. Blum, la Déclaration des Droits avec commentaire, Paris,1902, p. 185).

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