Page:Rousseau - Du contrat social, 1772.djvu/282

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d'honneur, comme s’il étoit au pouvoir dès hommes de flétrir la vertu et de décorer le vice à leur gré; je pourrois vous demander ici ce que c’est qu’une note d’infamie parmi des infâmes : je ne veux cependant pas vous presser de me répondre sur cette question, vos réflexions rappellées au vrai vous serviront mieux que ma plume ne pourroit le faire : mais dites-moi, Monsieur, qui leur à donné le droit de me priver de la faculté de jouir de l’Univers, & de me contraindre à respirer dans un lieu plutôt que dans un autre. Si c’est la force, à la bonne heure, c’est un droit que je respecte dans chaque individu en particulier, il est fondé sur un titre, qui n’a ni commencement ni fin, titre immortel, sur les débris duquel la société en a élevé une infinité d’autres qui la captivent sans pouvoir le détruire; mais cette force individuelle, ce droit acquis par la nature, n’est que momentané. Si tôt que je me suis dérobé à la vue, & délivré des mains d’un Etre dont les forces sont supérieures aux miennes, son droit est éteint, & tout rapport entre lui & moi rentre dans le néant jus-