Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/147

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
149
La Monongahéla

nons de gros calibre. Un magnifique jardin séparait ce corps de logis du mur nord des fortifications qui n’avait à cet endroit qu’une dizaine de pieds à peu près, attendu que l’extrémité de talus se terminait par un rocher coupé à pic.

À cette extrémité du jardin se trouvait une terrace sur laquelle était placé un canon qui présentait sa gueule menaçante dans une meurtrière.

Ces quelques détails sont nécessaires pour faire comprendre les scènes qui vont suivre.

Retiré dans sa chambre, Daniel attendait avec impatience l’heure du rendez-vous que lui avait accordé peut-être imprudemment la fille de Don Pedro. De sa fenêtre, il jetait un regard distrait sur la campagne endormie. La lune brillait en éclairant comme un long ruban la route qu’il allait suivre dans quelques heures et qui serpentait dans la plaine pour se perdre au milieu de la forêt environnante. La forêt elle-même était plongée dans le plus profond silence et la brise en agitait les cimes argentées. Une seule lueur brillait à la lisière du bois, celle du feu que les troupes de l’escorte, campées en dehors du fort, avaient allumé.

L’heure était aussi propice aux méditations amoureuses qu’aux pensées graves, et les unes et les autres se présentaient en foule à l’esprit de Daniel.

Comme tous ceux qui ont vécu dans la solitude, le jeune homme avait dans le cœur un fond de poésie