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La Monongahéla

position. S’il se doutait un peu des sentiments d’Irène à son égard, il ne le lui fit pas voir et ne lui dit pas les siens.

Quel avenir pouvait-il lui offrir d’ailleurs ? Il est vrai qu’une campagne glorieuse — et l’on sait qu’elles ne manquaient pas à cette époque — pouvait bien changer la face des choses ; mais jusque-là, il se serait fait un crime de tenter auprès du gouverneur une démarche qui pouvait tout compromettre.


V

Une promesse.


Étant donné le caractère de Nicolas de Neuville, cette réserve dans l’aveu de ses sentiments était de sa part une action héroïque. Avoir la quasi certitude d’être aimé, ressentir pour une créature du bon Dieu un amour pur, saint, profond, et ne pas le lui dire ! Repousser en soi le trop plein d’un cœur qui ne cherche qu’à se livrer ! Certes, répétons-le, il y avait là de l’héroïsme.

Mais disons-le aussi : le courage du jeune homme était à bout, et s’il tenait tant à ne pas manquer ce soir-là la réception du gouverneur, comme nous l’avons vu au commencement de ces lignes, c’est que, à la veille d’une campagne qui serait peut-être pour lui la dernière, il avait pris la ferme résolution de ne