Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/11

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de l’héroïsme de nos troupes et du talent de nos généraux, n’en est pas moins à deux doigts de sa perte, grâce au manque de cœur d’un monarque qu’on a l’audace d’appeler le bien-aimé, et qui n’est que le jouet d’un cotillon comme la Pompadour.

— Eh ! oui, dit à son tour Ignace Gravel, sans compter que ce cotillon nous vaut le triste honneur de posséder parmi nous en qualité d’intendant, la pire des sangsues qui aient sucé les sueurs du peuple.

— Hélas, mes chers enfants, reprit M. Duburon, il y a malheureusement du vrai dans ce que vous dites ; mais, espérons-le, des jours meilleurs viendront, et pour la mère-patrie, et pour nous. Nous prierons tant le Seigneur qu’il fera ouvrir les yeux au roi.

— Des jours meilleurs ! reprit Gravel, quand la récolte a manqué l’année dernière et que nous ne sèmerons probablement pas cette année ? Des jours meilleurs ! quand la farine se vend cent trente francs au palais de l’Intendance, et que l’on nous enlève le peu de blé que nous avons dans nos greniers et que l’on ne nous le paie que six livres le minot ?

— Vous n’avez pas encore vu l’apogée de vos misères, mes pauvres amis, ajouta le notaire Crespin, et si les nouvelles que je reçois de