Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/155

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— Quand cela serait, mademoiselle, cette fortune ne la partagerez-vous pas avec moi ?

— Je ne veux pas la partager, cette fortune, reprenez vos faveurs, monsieur.

— C’est impossible.

— Pourquoi ?

— Parce que je vous aime.

— Monsieur !

— Oui, je vous aime ! reprit Bigot se laissant aller à son emportement, je vous aime, je vous le répéterai jusqu’à l’heure où vous le croirez. Je vous aime jusqu’au crime et cet amour a éveillé dans mon cœur la jalousie la plus violente. Je vous aime à vous tuer plutôt que vous voir appartenir à un autre ! Si vous m’infligiez la torture de me repousser et d’épouser un autre homme, je vous rendrais, moi, torture pour torture, et c’est votre père dont je me servirais pour faire de belles funérailles à mon amour !…

— Taisez-vous ! dit Claire. Torturez-moi, mais n’attaquez pas mon père.

— L’amour ne raisonne pas et je vous aime.

— Ainsi les menaces que vous faites ne sont pas vaines ?

— Non, car je puis perdre votre père, et je le