Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/154

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— Parce que je ne vous aime pas !

— Vous ne m’aimez pas et vous croyez dans votre inexpérience que vous ne m’aimerez jamais…

— Je crois ce qu’il faut que je crois, interrompit brusquement Claire.

— Alors, croyez ce qui est : je vous aime…

— Vous ?

— De toute la puissance de mon âme !

— Dites, monsieur, ce qui sera plus juste, que vous m’aimez de toute la puissance de votre intérêt.

— Comment ?

M. Bigot, soyez certain que je ne suis pas votre dupe.

— Dupe ! vous ! que voulez-vous dire ?

— Je vais m’expliquer, monsieur. Aussi bien, dans la situation où nous sommes tous les deux, la franchise doit être sans limites.

M. Bigot, la Providence à laquelle vous ne croyez pas, dit-on, a voulu, dans sa bonté, que je fusse éclairée sur votre conduite à l’égard de mon père. Sentant l’orage gronder dans l’avenir, mon père a été le prétexte à des donations que vous avez fait faire et dont le profit retournera au gendre de M. de Godefroy.