Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/27

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qu’importe sa sollicitude, si vous avez la mienne, ajouta la jeune fille en souriant. Parlons de vous, plutôt.

— Je ne vaux certainement pas un tel honneur. Ma vie est toujours la même depuis que je vous ai quittée, c’est-à-dire bien monotone : faire mon service et me battre contre l’ennemi chaque fois que l’occasion s’en présente, ce qui arrive assez souvent, je dois l’avouer.

— Croyez, mon ami, que je pense bien souvent aux dangers auxquels vous êtes exposé et que tous les soirs je prie la bonne Vierge de vous protéger.

— C’est à ces bonnes prières, nul doute, que je dois d’avoir traversé une campagne si sérieuse, sans une égratignure.

— Mais quel est donc ce jeune sauvage tenant deux chevaux en laisse et qui semble chercher quelqu’un ou quelque chose ?

— Pour le quart d’heure, c’est mon ordonnance Tatassou, un jeune chef huron auquel j’ai rendu certain petit service et qui m’est tout dévoué. Dans ces temps difficiles, s’il vous arrivait malheur — ce qu’à Dieu ne plaise — quand ce jeune sauvage se présentera à vous, comptez sur son entier dévouement et fiez-vous à lui comme à moi-même.

— Mon frère a-t-il compris ! ajouta Louis Gravel en s’adressant à Tatassou