Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/26

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secours ne nous arrivent pas de France, je ne sais vraiment si nous pourrons faire face à l’ennemi.

— Toujours la guerre !…mais devrais-je m’en effrayer puisque c’est pour vous, mon ami, l’occasion de cueillir de nouveaux lauriers.

— Vous vous exagérez mon faible mérite…

— Les nouvelles sont rares dans nos parages, du théâtre des hostilités surtout, pas si rares cependant que je n’aie appris avec une grande joie l’action héroïque qui vous vaut votre commission de lieutenant dans le régiment de Béarn.

— Et monsieur votre père !…

— Il en a été heureux, sans doute, reprit la jeune fille avec un embarras visible, car ce serait de l’ingratitude lui qui vous doit la vie de son enfant ; mais vous connaissez ses idées exclusives au sujet des prérogatives de la noblesse…

— Je comprends ; parce que je n’ai pas mes seize quartiers, il considère que je suis un intrus parmi les officiers du régiment auquel j’ai l’honneur d’appartenir…

— Vous allez trop loin, car il est sans doute flatté de voir arriver un jeune homme auquel il s intéresse, auquel il a de l’obligation. Mais