Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/50

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 44 —

— Mais, mon père, n’est-ce pas bien de la part du gouverneur de se montrer indulgent pour ces pauvres paysans qui supportent tout le labeur du jour ?

— Ne parle pas ainsi, car tes paroles condamnent la conduite de notre protecteur. Si l’on t’entendait ! reprit M. de Godefroy d’un air inquiet.

— Mais…

— Chut ! Plus un mot sur ce sujet.

Claire baissa la tête. Elle sentit son cœur se serrer violemment.

— Que faire, mon Dieu ? se dit-elle, quand elle fut seule dans sa chambre, et un violent combat se livra dans son âme.

Elle aimait Louis, elle le sentait. Impossible de se tromper sur le sentiment nouveau, inconnu jusqu’alors pour elle, qui avait envahi tout son être et qui dominait son cœur.

Mais Louis Gravel appartenait au gouverneur, le rival sinon l’ennemi de Bigot ; Louis Gravel n’était pas gentilhomme, M. de Godefroy était imbu et fier de sa noblesse, et d’après ce qu’elle venait d’entendre, déclarer son amour pour ce jeune homme, c’était porter la crainte et la colère dans l’âme de son père.

Claire le connaissait. Elle s’était rendue comp-