Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/68

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lement et son silence, il se débat contre d’invisibles tortures, si des larmes de douleur ou de colère montent à ses paupières, s’il entend murmurer autour de lui des paroles qui font bondir son cœur dans sa poitrine, bouillir son sang dans ses veines, eh ! qu’importe ! Comment saurait-on qu’il souffre ? On ne sait même pas s’il existe.

Le jeune homme s’était laissé emporter par le souvenir de toutes les souffrances qu’il avait endurées pendant tout le temps qu’il avait vu Claire au bras de Bigot, douleurs portées à leur paroxysme par la nouvelle de son mariage prochain. Avec ce tact, cette prescience que possède toute femme qui aime, Claire comprit de suite que Louis ne se laissait emporter ainsi que parce qu’il l’aimait sincèrement, que l’injustice de ses soupçons, la violence même de son langage en était la preuve évidente.

— Mais, mon ami, dit-elle, est-ce à moi que vous supposez de tels sentiments ? Et si c’est à moi, pourquoi me les supposer quand rien ne les motive ?

— Nierez-vous que vous soyiez fiancée à Bigot par votre père, quand il l’annonçait lui-même tout à l’heure en ma présence ?

— Est-ce à dire que j’ai souscrit à ces engagements, puisque je n’ai pas été consultée et que je n’ai pas donnée mon consentement ?