Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/69

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Quand il s’agit de mon bonheur, il me semble que j’ai bien le droit de donner au moins mon avis !

Du reste, monsieur, je n’admets point le mariage par procuration ; car si le mariage est affaire de convenance où doivent se mêler des tiers, il est aussi affaire de tendresse, affaire mystérieuse, où il ne doit y avoir que les amoureux pour plaideurs, le cœur pour juge et Dieu pour témoin.

M. Gravel, vous m’aimez, dites-vous ? Eh ! bien alors si vous êtes sincère, si vos sentiments sont réels, ménagez mon amour-propre, et ne me prêtez donc pas de la tendresse pour cet homme, avant que je vous y donne droit.

— J’achève, monsieur, continua Claire, en voyant que Louis allait protester ; si vous m’aimez comme vous le dites, sachez donc avoir le courage d’attendre que je puisse sans remords, sans rougir, déclarer que moi aussi je vous aime et que je me suis jurée d’être votre femme un jour, ou que je ne me marierai jamais !… ».

Et la jeune fille s’enfuit laissant Louis Gravel ivre de bonheur, complètement heureux.

En vain, quelques instants après, chercha-t-il Claire parmi la foule, elle avait quitté le bal.