Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/113

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à fouetter la fugitive pour accélérer sa course. Tourné presque de face, l’oiseau était sur le point de croiser le jongleur, chacun semblant décrire en sens inverse le tournant rapide d’une même parabole.

Au troisième plan se dressait une herse d’or, derrière laquelle l’ânesse Mileñkaya tendait vers une auge remplie de son intact sa mâchoire close, traversée de haut en bas par un séton. Certaines particularités laissaient deviner le subterfuge employé pour simuler l’entrave douloureuse et affamante. Seules les deux extrémités apparentes du séton existaient réellement, collées à la peau de l’ânesse et terminées respectivement par un bâtonnet transversal. À première vue, l’effet obtenu donnait bien l’idée d’une fermeture absolue condamnant la pauvre bête à un continuel supplice de Tantale.

Carmichaël, montrant la fillette, qui, debout dans la barque, n’était autre que Stella Boucharessas, prononça distinctement cette brève explication :

— « Ursule, accompagnée de la Huronne Maffa, prête son appui aux ensorcelés du lac Ontario. »

Les personnages gardaient tous une immobilité sculpturale. Soreau, serrant dans ses dents la pointe de son long cornet couleur d’espace, gonflait ses joues lisses et congestionnées, sans