Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/117

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Après une attente monotone, la scène brutalement découverte fut indiquée par Carmichaël, qui accompagna son geste de ce bref commentaire :

— « Le richissime prince Savellini, atteint de cleptomanie, dévalise les rôdeurs de barrière dans les bas quartiers de Rome. »

Pour la première fois Soreau s’exhibait en tenue moderne, enveloppé d’un élégant paletot de fourrure et paré de pierres précieuses qui étincelaient à sa cravate et à ses doigts. Contre lui un cercle de sinistres voyous entourait curieusement deux combattants armés de couteaux. Mettant à profit la tension d’esprit des contemplateurs trop puissamment absorbés par le duel pour remarquer sa présence, l’homme au paletot de fourrure explorait furtivement, par derrière, les poches répugnantes dont il attirait le sordide contenu. Ses mains avancées agrippaient actuellement une vieille montre bossuée, un porte-monnaie crasseux et un grand mouchoir à carreaux encore presque enfoui dans les profondeurs d’une veste rapiécée.

Quand l’habituelle et souple fermeture eut caché ce fait divers à antithèse, Carmichaël quitta son poste, donnant ainsi une fin à la suite d’apparitions sans mouvement.