Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/125

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que les lèvres des figurants eussent bougé d’aucune manière.

C’était la voix même du chef de famille que venait de répercuter l’antre thoracique des six jeunes gens, qui, grâce à leur prodigieuse maigreur entretenue soigneusement par un terrible régime, offraient au son une surface osseuse suffisamment rigide pour en réfléchir toutes les vibrations.

Ce premier essai ne satisfit pas les exécutants, qui modifièrent légèrement leur place et leur position.

La mise au point dura quelques minutes pendant lesquelles Stéphane clama souvent son nom, épiant le résultat chaque fois perfectionné par ses fils, qui tantôt, remuant à peine les pieds, gagnaient un centimètre dans une direction quelconque, tantôt se penchaient davantage pour mieux préparer le rapide passage du son.

ll s’agissait, en apparence, de quelque instrument imaginaire, qui, difficile à bien accorder, aurait par-dessus tout réclamé pour son réglage un soin minutieux et patient.

Enfin, une épreuve lui ayant paru bonne, Stéphane, d’un mot bref qui malgré lui eut une sextuple répercussion, ordonna aux étiques sentinelles la plus complète immobilité.

Dès lors le véritable spectacle commença.

Stéphane, à pleine voix, prononça toute sorte