Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/138

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glissières parallèles fixées sur le coffre par une série de tiges verticales. C’est sur la glissière gauche qu’était vissé le compartiment immuable où chaque navette venait faire une brève station.

Le tableau de l’étoffe se complétait peu à peu, et l’on vit émerger une montagne vers laquelle des groupes humains et des animaux de toute espèce se dirigeaient à la nage ; en même temps une foule de zébrures transparentes et obliques rayèrent partout l’espace et firent comprendre le sujet, emprunté à la description biblique du Déluge. Tranquille et majestueuse à la surface des flots, l’Arche de Noé dressa bientôt sa silhouette régulière et massive, agrémentée de fins personnages errant au milieu d’une nombreuse ménagerie.

Le panneau sollicitait sans cesse tous les regards par la merveilleuse sûreté de sa gymnastique alerte et captivante. Employées à tour de rôle, les teintes les plus diverses étaient lancées dans la chaîne sous forme de duites, et l’ensemble des fils ressemblait à quelque palette infiniment riche. Parfois le panneau accomplissait de grands déplacements pour utiliser l’une après l’autre des navettes fort distantes ; à d’autres moments, plusieurs duites successives appartenant à la même région ne lui demandaient que de minimes voyages. La pointe de la navette choisie trouvait toujours passage entre les autres fils, qui,