Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/195

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le crin vibrait avec puissance, produisant à la fois, grâce à l’effet de certaine nodosité fort curieuse, deux sons parfaitement distincts séparés par un intervalle de quinte ; on voyait de haut en bas deux zones d’oscillations bien définies et nettement inégales.

Fogar, changeant de place, promena son archet sur un nouveau crin, qui, à lui seul, fit entendre une tierce majeure idéalement juste.

Tour à tour chaque fil sonore, isolément éprouvé par le va-et-vient de la brindille, rendit deux sons simultanés de pareille amplitude. Justes ou dissonants, les intervalles différaient tous, donnant à l’expérience une amusante variété.

L’adolescent, rangeant la harpe et l’archet, agrippa les deux cailloux foncés, qu’il cogna violemment l’un contre l’autre au-dessus de l’épaisse chandelle placée contre l’angle de la couche ; un groupe d’étincelles, jailli du premier coup, tomba en partie sur la mèche très combustible, qui flamba aussitôt.

Pleine d’une brusque étrangeté révélée par l’éclairage proche de la flamme tranquille et droite, la substance même de la chandelle ressemblait à la pulpe poreuse et appétissante de quelque fruit aux délicates nervures.

Soudain l’atmosphère fut ébranlée par un formidable