Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/211

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le succès ne se démentit pas un seul instant durant l’achèvement du paysage, dont la seconde moitié fut peinte avec une merveilleuse sûreté.

Quelques secondes avant la fin de l’expérience, Louise était passée de nouveau derrière le chevalet, puis derrière le support, afin de se replacer auprès de la plaque sensible. À ce moment il ne restait plus à l’extrémité droite de la toile qu’une étroite ligne blanche qui fut promptement comblée.

Après le dernier coup de pinceau, Louise remit vivement le couvercle obturateur sur la plaque brune, immobilisant par ce seul fait le bras articulé. Débarrassée de toute préoccupation relative au travail mécanique, la jeune femme put examiner à loisir le tableau si curieusement exécuté.

Les grands arbres du Béhuliphruen étaient fidèlement reproduits avec leurs magnifiques branchages, dont les feuilles, de nuance et de forme étranges, se couvraient d’une foule de reflets intenses. À terre, de larges fleurs, bleues, jaunes ou cramoisies, étincelaient parmi les mousses. Plus loin, à travers les troncs et les ramures, le ciel resplendissait ; en bas, une première zone horizontale, d’un rouge sanglant, s’atténuait pour laisser place, un peu plus haut, à une bande orange qui, s’éclaircissant elle-même, faisait naître un jaune d’or très vif ; ensuite venait