Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/238

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fouillis d’arbres, marquant le début d’une vaste futaie inexplorée que les gens du pays appelaient le « Maquis ». Cette désignation était justifiée par un extraordinaire enchevêtrement de branches et de lianes ; nul ne pouvait s’aventurer dans le Maquis sans risquer de s’y perdre à jamais.

Jusqu’alors, au cours de leurs folles équipées, Séil-kor et la fillette avaient sagement contourné l’inquiétante lisière. Mais, séduits par l’inconnu, ils s’étaient promis de tenter quelque jour une reconnaissance hardie au sein de la mystérieuse région. L’occasion leur sembla propice à la réalisation de leur projet.

Séil-kor, par prévoyance, résolut de marquer la route du retour à la façon du Petit Poucet. Il ouvrit son panier de provisions, mais, se rappelant la déconvenue du héros célèbre, au lieu de prendre son pain pour l’émietter il choisit un fromage suisse d’une blancheur éclatante, dont les parcelles, peu tentatrices pour des estomacs d’oiseaux, devaient se détacher clairement sur le fond sombre des mousses et des bruyères.

L’exploration commença ; tous les cinq pas, Séil-kor piquait le fromage avec la pointe d’un couteau et jetait le léger fragment sur le sol.

Pendant une demi-heure, les deux imprudents s’enfoncèrent ainsi dans le Maquis sans en découvrir la limite ; le jour commençait à baisser, et