Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/263

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public maintes caresses voulues, il s’empara de l’épître, qu’il alla déchiffrer à l’écart.

Comme en-tête, Naïr avait dessiné, sous forme de cortège, les cinq personnages appelés à figurer dans la scène de la soirée : à droite, Talou s’avançait seul ; derrière lui, Mossem et Rul faisaient un geste de moquerie, bafoués eux-mêmes par Naïr et Djizmé, qui venaient à leur suite.

Le texte contenait les instructions suivantes :

Une fois installée à l’angle de la fraîche terrasse, Djizmé guetterait Naïr, qui, sans bruit, s’avancerait par certain sentier déterminé ; dans l’ombre, la silhouette du jeune noir serait aisément reconnaissable grâce au chapeau melon dont il aurait soin de se coiffer. L’endroit choisi par Talou pour ses profondes rêveries était bordé de pentes presque à pic ; néanmoins, en s’accrochant de ses dix doigts aux racines et aux broussailles, Nair saurait se hisser avec précaution jusqu’au niveau du groupe nonchalant ; Djizmé laisserait pendre sa main hors de la balustrade fleurie, puis, après s’être assurée de l’identité du visiteur en touchant soigneusement le chapeau, tendrait cette main au baiser de son amant, capable de se maintenir un moment à la force des poignets.

Après avoir gravé dans sa mémoire tous les détails qu’il venait de surprendre, Mossem retourna vers Djizmé, puis, sous prétexte de nou-