Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/275

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du compositeur, le jeune débutant se sentit à la hauteur de sa tâche.

La représentation eut lieu devant une salle comble ; au premier rang d’une avant-scène, Flore Crinis trônait avec l’adjudant Lécurou.

Velbar, magnifique dans le rôle de Dédale, traduisit en comédien consommé les angoisses et les espérances de l’artiste obsédé par les conceptions grandioses de son génie. Les draperies grecques mettaient en valeur sa superbe prestance, et le timbre idéal de sa puissante voix provoquait à chaque fin de phrase de brusques élans d’enthousiasme.

Flore ne le quittait pas des yeux, braquant sur lui les verres de sa lorgnette et sentant croître en elle un sentiment irrésistible qui avait pris naissance dès la première apparition du jeune chanteur.

Au troisième acte, Velbar triompha dans l’air principal de la pièce, sorte d’hymne de joie et d’orgueil par lequel Dédale, ayant achevé la construction du labyrinthe non sans éprouver une vive émotion à la vue de son chef-d’œuvre, saluait avec ivresse la réalisation de son rêve.

L’admirable interprétation de ce passage entraînant acheva de porter le trouble dans le cœur de Flore, qui, dès le lendemain, ébaucha un plan subtil pour se rapprocher de Velbar.

Avant d’accomplir aucun projet, Flore, très