Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/274

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lequel un rêveur isolé, assis sous un arbre, notait sur une feuille à portées quelque mélodie éclose au sein de la solitude et du recueillement.

En écoutant la voix de Velbar, plus sonore à elle seule que le chœur immense qui lui répondait périodiquement, le flâneur inspiré se leva tout à coup et suivit le régiment jusqu’à son entrée en ville.

L’inconnu n'était autre que le compositeur Faucillon, dont le célèbre opéra Dédale, après une brillante carrière en France, venait d’être joué successivement dans les principales villes de l’Algérie. Accompagné des interprètes de son œuvre, Faucillon était depuis la veille à Bougie, qui figurait parmi les étapes de la triomphale tournée.

Or, depuis la dernière représentation, le baryton Ardonceau, surmené par le rôle écrasant de Dédale et atteint d’un enrouement tenace, était dans l’impossibilité de se produire en public ; fort embarrassé, Faucillon, cherchant en vain à remplacer le premier sujet de sa troupe, avait subitement prêté l’oreille en écoutant le jeune zouave qui chantait sur la route.

Le lendemain, ses informations prises, Faucillon alla trouver Velbar, qui bondit de joie à la pensée de paraître en scène. On obtint facilement l’autorisation du colonel, et, après quelques jours d’un travail acharné accompli sous la direction