Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/29

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Au bout de quelques minutes, la terrine, entièrement vide, fut remportée par Rao, et les négresses, rassasiées, se mirent en place pour la Luenn’chétuz, danse religieuse qui, fort en honneur dans le pays, était spécialement réservée aux grandes solennités.

Elles commencèrent par quelques lentes évolutions mêlées de mouvements souples et onduleux.

De temps à autre elles laissaient échapper par leur bouche, largement ouverte, de formidables renvois qui, bientôt, se multiplièrent avec une prodigieuse rapidité. Au lieu de dissimuler ces bruits répugnants, elles les faisaient épanouir avec force, paraissant rivaliser par l’éclat et la sonorité à obtenir.

Ce chœur général accompagnant, en guise de musique, la pavane calme et gracieuse, nous révéla les vertus toutes particulières de la substance inconnue qu’elles venaient d’absorber.

Peu à peu la danse s’anima et prit un caractère fantastique, tandis que les renvois, en un puissant crescendo, augmentaient sans cesse leur fréquence et leur intensité.

Il y eut un moment d’impressionnante apogée, durant lequel les bruits secs et assourdissants rythmaient une diabolique sarabande ; les ballerines fiévreuses, échevelées, secouées par leurs terribles rots ainsi que par des coups de