Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/328

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Pour laisser le champ libre à l’utile bâtisse, on avait déplacé de quelques mètres vers le sud la dépouille mortelle du zouave, ainsi que la pierre tombale toujours accompagnée du panneau noir aux brillantes aquarelles.

L’originalité d’une spéculation prenant pour objet la personne même des Incomparables réclamait un langage à part, et il fut décidé que les ordres rédigés en alexandrins seraient seuls exécutables.

À six heures, le jour même de son achèvement, la Bourse ouvrit pour la première fois, et les cinq agents de change s’assirent à cinq tables placées pour eux derrière la petite colonnade. Bientôt ils lurent à haute voix une foule de bulletins qui, remis entre leurs mains par les joueurs groupés autour d’eux, contenaient des ordres d’achat et de vente écrits en piètres vers de douze pieds pleins de chevilles et d’hiatus. Une cote s’établit suivant l’importance de l’offre ou de la demande, et les actions, aussitôt payées et livrées, passèrent de main en main. Sans cesse de nouveaux bulletins affluaient sur les tables, et ce fut, pendant une heure, un trafic fabuleux et bruyant. Chaque nom précédé de l’article servait à indiquer une des valeurs. À la fin de la séance le Carmichaël valait cinquante-deux francs et le Tancrède Boucharessas deux louis, alors que le Martignon se payait vingt-huit sous et l’Olga