Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/47

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Bientôt les quatre frères s’écartèrent pour livrer passage à leur sœur Stella, charmante adolescente de quatorze ans, qui, déguisée en Fortune, parut debout au sommet d’une roue mince continuellement mobile sous ses pieds.

La jeune fille se mit à évoluer en tous sens, élançant du bout de chaque semelle, au moyen de sauts ininterrompus, l’étroite jante au parfait roulement.

Elle tenait à la main un vaste cornet profond et contourné, d’où s’échappa tout à coup, pareille à quelque flot de pièces d’or, une monnaie de papier brillante et légère, qui, en tombant lentement jusqu’à terre, ne produisit aucune résonance métallique.

Les louis, les doubles louis et les larges disques de cent francs formaient une étincelante traînée derrière la jolie voyageuse, qui, le sourire aux lèvres, réalisait, sans jamais prendre contact avec le sol, des miracles d’équilibre et de vélocité.

Comme certains cônes de prestidigitation d’où l’on voit sortir indéfiniment des fleurs de toute espèce, le réservoir aux écus semblait inépuisable. Stella n’avait qu’à le secouer doucement pour semer ses richesses, dont la couche épaisse mais inconsistante s’écrasait partiellement sous les circuits de la roue vagabonde.

Après maints tours et détours la jeune fille