Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/63

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dans le même sens, changea le morceau lent et grave en scherzo à demi sautillant, tout en conservant la même combinaison d’instruments.

Actionnant machinalement sa pédale, Bex tourna ensuite la manette blanche et fit ainsi descendre la colonne violette aux environs du zéro placé à mi-hauteur du tube de verre.

Docilement une brillante fanfare éclata, sortant d’une foule de pavillons d’inégale grosseur tassés en groupe compact. Toute la famille des cuivres se trouvait représentée dans ce coin spécial, depuis la basse immense jusqu’au piston alerte et strident. Marquant différentes subdivisions dans la portion du thermomètre située au-dessous de glace, la manette blanche, bougée plusieurs fois, provoqua successivement une marche militaire, un solo de piston, une valse, une polka et de bruyantes sonneries de clairon.

Soudain, ouvrant complètement le robinet de froid, Bex obtint rapidement un gel terrible, dont les plus proches spectateurs sentirent l’effet à travers les parois diaphanes. Tous les regards se portèrent sur un phonographe à large cornet, d’où s’échappait une voix de baryton ample et puissante. Une vaste boîte, percée de trous d’aération et placée sous l’appareil, contenait sans doute une série de disques pouvant à tour de rôle faire vibrer téléphoniquement la membrane sonore au moyen d’un fil particulier, car d’imperceptibles