Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


redressé, mit les mains dans ses poches, comme pour se borner désormais au rôle de spectateur.

Le ver, livré à lui-même, souleva soudain, pour le faire retomber aussitôt, un court fragment de son corps.

Certaine goutte d’eau, ayant eu le temps de se glisser par l’interstice, vint tomber lourdement sur une corde vibrante qui rendit au choc un do grave, pur et sonore.

Plus loin, un nouveau soubresaut du corps obturateur laissa fuir une seconde goutte, qui cette fois frappa un mi plein d’éclat.

Un sol puis un do aigu, attaqués de la même façon, complétèrent l’accord parfait que le ver égrena encore sur une octave entière.

Après le troisième et dernier ut, les sept notes consonantes, plaquées en même temps, fournirent une sorte de conclusion à ce prélude d’essai.

Ainsi mis en forme, le ver commença une lente mélodie hongroise pleine de douceur tendre et langoureuse.

Chaque goutte d’eau,lâchée par un tressaillement voulu de son corps, venait percuter avec justesse telle corde déterminée qui la coupait en deux fragments égaux.

Une bande de feutre, collée en bonne place sur le bois de la cithare, amortissait la chute du