Page:Roussin - Une campagne sur les côtes du Japon, 1866.djvu/31

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struit artificiellement en avant de la ville, leur fut assigné comme résidence. Parqués comme des prisonniers dans cette étroite enceinte, gardés à vue par une armée de fonctionnaires et d’espions, ils furent autorisés à vendre les marchandises que leur apportaient d’Europe des navires de leur nation, en nombre limité strictement à deux par année. La nationalité de chaque vaisseau qui mouillait dans la baie était scrupuleusement vérifiée ; les armes et les canons qu’ils avaient à bord étaient enlevés pour leur être rendus au départ. Tout enfin était prévu pour maintenir strictement close la barrière à jamais élevée autour du Japon. Les Hollandais acceptèrent cette situation, plus humiliante pour leur orgueil qu’elle n’était profitable à leurs intérêts commerciaux. L’îlot de Désima resta, en quelque sorte, un observatoire, une sentinelle avancée, par où le Japon pouvait surveiller, de sa retraite, les autres nations, et se mettre en garde contre toute nouvelle tentative d’invasion étrangère.

Tel fut, jusqu’à nos jours, ce spectacle, unique dans l’histoire, d’un peuple cherchant à faire oublier, en quelque sorte, son existence ; il y a dix ans cet état de choses durait encore.

Pendant cette longue période de deux cent quinze années, les seules notions qui nous parvinrent sur ce pays, furent donc nécessairement transmises par