Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/154

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le printems approche, la douce chaleur que commence à exciter le soleil, rappelle les abeilles de leur état de mort, & tout se ranime dans leur domicile. Les ouvrières reprennent leur activité pour le travail ; la reine recommence sa ponte, qui avoit été interrompue pendant la mauvaise saison, les œufs qu’elle pond sont bientôt prêts à éclore, & les nymphes ne tarderont point à rompre les chaînes de leur esclavage, & à briser les portes de leur prison, pour jouir de la liberté, & la reine se trouvera à la tête d’un nouveau peuple. C’est par le moyen de cette première ponte, que les pertes qu’a faites la république, pendant l’automne & l’hiver, d’une partie de ses citoyennes, seront réparées, & que de nouvelles ouvrières remplaceront dans leurs fonctions & dans leurs travaux, celles que la mort a enlevées. Les abeilles qui naissent tous les jours dans cette saison, augmentent si considérablement la population, que la ruche n’est plus assez vaste pour les contenir toutes : il faut alors qu’une partie consente à s’expatrier, & qu’elle aille fonder ailleurs un établissement. La colonie qui sort est précédée d’une jeune reine qu’elle a choisie ; on appelle cette colonie un essaim.

Quelque considérable que soit la population d’une ruche, une partie des abeilles ne se décide point à en sortir sans avoir un chef qui la conduise. Pour espérer un essaim, il ne suffit donc pas qu’une ruche soit bien fournie d’abeilles ; il faut encore qu’il y ait de jeunes reines en état de se mettre à la tête de l’essaim pour l’engager à quitter sa patrie. Les abeilles qui n’ont point de reines, sont incapables de former aucune entreprise ; elles n’ont aucun goût pour le travail, parce qu’elles n’attendent point de prospérité. M. de Réaumur a eu des ruches très-fournies d’abeilles, & dont le nombre étoit si considérable, relativement à la capacité de leur habitation, qu’une grande partie étoit obligée de se tenir dehors, ramassée en peloton, & qui, cependant, ne donnoient point d’essaim, par la raison qu’il n’y avoit point de jeunes reines, tandis que d’autres, moins fournies, en donnoient. Pour savoir d’une manière positive, si le défaut de jeunes reines étoit un obstacle à la sortie des essaims, M. de Réaumur baigna une de ses ruches, la plus fournie en abeilles, qui n’avoit point donné l’essaim qu’il attendoit : ayant eu la patience d’examiner toutes les abeilles l’une après l’autre, il n’y trouva effectivement que la mère de la ruche, & point de jeunes reines ; ce qui le persuada que l’essaim n’étoit pas sorti, quoique la ruche fut en état de le donner, parce qu’il n’y avoit point de jeune chef. Les causes qui font essaimer les ruches, sont donc tout à la fois une trop grande population, eu égard au domicile qu’elle habite, & les jeunes reines, dont les abeilles en choisissent une pour gouverner le nouvel empire qu’elles sont en état de fonder.


Section II.

Dans quelle saison, & à quelle heure de la journée les Essaims partent-ils de la Mère-Ruche.


Le climat & l’exposition des ruches contribuent beaucoup à faire

sortir