Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/174

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à la remplacer, tandis qu’elle seroit obligée de se disputer & de se battre avec la reine de la nouvelle ruche, qui ne seroit point du tout portée à lui céder sa place. Dès le troisième jour, ces deux ruches forment exactement deux peuples qui n’ont plus d’intérêt commun : les sentinelles sont aux portes des deux habitations pour empêcher que les abeilles d’une ruche s’introduisent dans l’autre.

Les avantages que trouve M. Schirach dans sa méthode de former des essaims artificiels, sont : 1º. que ces sortes d’essaims sont aussi bons, & souvent valent mieux, que les ruches d’où on les a tirés : 2º. avec ces procédés, on n’est plus la dupe de l’espérance de voir partir des essaims, qu’on attend souvent en vain des meilleures ruches : 3º. la multiplication des essaims ne dépend uniquement que de celui qui a des abeilles à sa disposition ; il peut les multiplier autant qu’il le desire, & se borner, quand il lui plaît, à un certain nombre de ruches : 4º. on ne craint plus qu’une forte ruche s’épuise, en donnant plus d’essaims qu’elle ne devroit : 5º. un essaim qu’on obtient par ces procédés, exige peu de soins, jamais de nourriture, puisque les abeilles étant laborieuses ont assez de tems pour faire leur récolte. L’expérience est la meilleure preuve de la bonté de la méthode de M. Schirach : pendant bien des années, il n’a eu d’autres essaims que ceux qu’il formoit lui-même, & ses abeilles réussissoient au-delà de ce qu’il auroit pu desirer.


Section II.

De la manière de former des Essaims, selon les procédés de MM. du Houx & Perillat.


On ne peut faire usage de cette méthode de former des essaims, qu’après qu’une ruche a essaimé pour la seconde fois, parce qu’on a besoin de reine pour cet effet, & les premiers essaims rarement en ont deux ; les seconds, au contraire, en ont quelquefois cinq ou six. Pour s’emparer de ces reines surnuméraires qu’on aborde difficilement, quoiqu’elles soient inutiles, on s’approche tout de suite d’une ruche, dès que l’essaim en est parti ; il est assez ordinaire d’en voir sortir quelques jeunes reines qui n’ont pas eu l’adresse de se mettre à la tête de la colonie qui est partie : si on craint de les prendre avec les mains, quand elles paroissent sur la table, on peut les couvrir d’un verre, qu’on fait ensuite glisser sur la main, où l’on peut mettre une feuille de papier, si l’on craint d’être piqué.

En examinant le massif que forme un essaim à l’endroit où il s’est fixé après son départ, on peut découvrir quelquefois plusieurs reines, qu’il est aisé de prendre avec les doigts, quand on a des gants, ou avec une petite baguette qui est engluée légérement, & dont on touche l’extrémité du corps de la reine qu’on amène à soi.

Le moyen le plus assuré de se procurer de ces reines surnuméraires, c’est de recueillir l’essaim qui est parti, dans une ruche ordinaire, & de la plonger ensuite dans un tonneau défoncé par un