Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/180

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en travers, en séparant la partie supérieure de l’inférieure, il est fort incertain que la première contienne du couvain : l’opération est donc très-douteuse.

Les essaims qu’on se procure par cette méthode ont de très-grands avantages sur ceux qui viennent naturellement, quelques forts qu’ils soient. Ils trouvent un ménage établi, des édifices construits, des provisions amassées, une famille sur le point de naître, qui se livrera bientôt aux occupations de la société. Cette nouvelle colonie qu’on a formée soi-même exige peu de soin, puisqu’elle est abondamment pourvue de provisions : on ne craint pas qu’elle se dégoûte de son domicile, qui est le même qu’elle habitoit. Par ce moyen, on se dispense de veiller à la sortie des essaims, qui partent souvent sans être apperçus, quelque attention qu’on ait à les observer : on n’a pas la peine de les poursuivre dans leur fuite, & de les recueillir. D’un autre côté, on trompe l’obstination des meilleures ruches, qui refusent souvent de donner un essaim, quoique leur population soit très-grande.

On ne doit former des essaims que quand la belle saison est arrivée, afin que les abeilles puissent trouver abondamment de quoi se pourvoir dans la campagne : après le quinze ou vingt de Juin, il ne faut plus s’en occuper, parce que les abeilles n’auroient pas le tems de faire leurs provisions pour l’hiver.


CHAPITRE XII.

Méthode abrégée de gouverner les Abeilles dans tous les mois de l’année.


Novembre, Décembre, Janvier, Février.


Ces quatre mois sont communément, dans nos climats, un tems où le froid est plus ou moins rigoureux : tant qu’il dure, les abeilles sont engourdies ; par conséquent elles n’ont besoin d’aucune nourriture. Elles ont recours à leurs provisions, quand il y a quelques jours assez beaux où le soleil, qui donne sur les ruches, les ranime un peu : dès que le froid recommence à se faire sentir, elles s’attroupent au sommet de la ruche, s’y attachent les unes aux autres, & demeurent dans cet état jusqu’à ce qu’un air plus doux les ranime encore. Pendant tout ce tems, il faut avoir soin qu’elles ne sortent point ; on doit pour cet effet laisser constamment les petites grilles qu’on met aux ouvertures des ruches, dès que les premières gelées arrivent, & qu’on les dispose pour passer l’hiver. Ce seroit vouloir perdre les abeilles, & les exposer à mourir, que de les laisser sortir lorsqu’il fait quelque belle journée dans cette saison : la chaleur qu’elles éprouvent dans la ruche, les trompe ; elles seroient surprises par un air trop froid, eu égard à celui qu’elles éprouvent dans leur habitation. D’ailleurs, quand le moment de leur sortie seroit des plus favorables, une heure ou deux après,