Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/20

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PREMIÈRE PARTIE.


CHAPITRE PREMIER.

Des différentes espèces d’Abeilles.


Toutes les abeilles, soit sauvages ou domestiques, vivent en société ; elles forment entr’elles une espèce de république, dont le chef paroît diriger tous les individus qui la composent, vers le même but, qui est le bien commun de l’état, auquel tous les membres concourent par leur travail & leurs différentes occupations, selon leurs talens particuliers & selon leurs forces. L’ordre & l’harmonie qui régnent, & qu’on admire avec surprise dans ces sortes de républiques, semblent naître de l’observance exacte & rigoureuse des loix qui y sont établies, & de la soumission à la volonté du chef qui gouverne.


Section première.

Combien de sortes d’Abeilles domestiques.


On distingue quatre espèces d’abeilles domestiques, qu’il est essentiel de bien connoître, parce qu’elles diffèrent beaucoup en bonté. Celles de la première espèce sont grosses, longues & très-brunes ; celles de la seconde sont moins grosses, leur couleur est presque noire ; celles de la troisième sont grises & de moyenne grosseur ; celles de la quatrième, beaucoup plus petites que les deux premières, sont d’un jaune aurore luisant & poli. On les nomme communément les petites hollandoises ou les petites flamandes, parce qu’elles nous viennent de la Hollande & de la Flandre.


Section II.

Quelles sont les meilleures Abeilles.


La vivacité, l’ardeur, l’activité au travail, l’humeur douce & la facilité d’apprivoiser les abeilles de la quatrième espèce, ou petites flamandes, les rendent préférables à toutes les autres : elles sont très-laborieuses, & ménagent leurs provisions avec la plus grande économie. On peut les soigner aisément sans beaucoup redouter leur aiguillon : à la douceur de leur caractère, on diroit qu’elles connoissent ceux qui les visitent souvent. La seconde espèce n’a point d’inclinations ni de vices qui soient dangereux à la société de leurs voisines ; avec des soins on réussit à les apprivoiser, & on les accoutume peu-à-peu, en les visitant souvent, à se laisser gouverner : si elles se livrent au pillage, c’est la nécessité & non point la paresse qui les y porte.

Celles au contraire de la première & troisième espèce sont presque toujours farouches, sauvages, & d’un abord difficile : leur caractère méfiant les tient sans cesse en garde contre ceux qui les approchent, ce qui est cause qu’on ne peut point les soigner comme on le desireroit ; elles craignent qu’on veuille enlever leurs provisions, lors même qu’on cherche les moyens de pourvoir à leurs besoins. Malgré tous les soins qu’on a pris pour les civiliser, elles n’ont point encore perdu l’humeur dure & le