Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/207

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visible vers l’insertion du pétiole, elle devient imperceptible en s’approchant du sommet. La chair est jaune tirant sur le rouge ; le noyau moins uni que celui de l’abricot commun, & comme lui sillonné de trois arêtes vives. Il est plus gros, plus renflé, son extrémité supérieure est très-pointue, l’inférieure tronquée, marquée de plusieurs protubérances ; l’amande est amère.

Feuilles, très-grandes, larges, bien nourries, presqu’arrondies à leur base, s’alongeant & formant une longue pointe à leur sommet, presque toujours avec deux appendices à leur base : leur circonférence est garnie de dentelures vives & profondes. Le pétiole est à moitié aussi long que la feuille, & il est d’un beau rouge. Ces feuilles ressemblent beaucoup à celles de l’abricot-alberge.

Bourgeons, gros, forts, rouges du côté du soleil, tiquetés de points gris & verds de l’autre côté.

Boutons, gros, courts, très-larges par la base, rapprochés les uns des autres & rassemblés par grouppes.

Maturité, au commencement du mois d’Août dans les provinces méridionales, & au milieu de ce mois dans le nord du royaume.

Qualité. La chair fondante, ne devenant ni sèche ni pâteuse, lorsque le fruit reste sur l’arbre ; elle a beaucoup d’eau, est d’un goût relevé, très-agréable, très-parfumé. Il est particulier à cet abricot.

Il est inutile de parler de plusieurs autres variétés d’abricots, par exemple de celui d’Alexandrie, très-précoce, & qui exige trop de chaleur pour être cultivé au nord du royaume. On le reconnoîtra à ses bourgeons jaunâtres, marqués de petites protubérances grises. Sa feuille est petite & finement dentelée, les pétales de la fleur sont étroits, son fruit est excellent en Provence & en Languedoc. Les variétés de l’abricot, en général, sont infinies, & le cultivateur peut encore plus les multiplier en semant les noyaux. Ne seroit-il pas plus avantageux & plus agréable pour lui d’employer son tems à se procurer des espèces hibrides ? Par exemple, lorsque les fleurs de l’abricotier commun, ou d’angoumois, ou de tel autre, commenceront à épanouir, il coupera sur différens pêchers, albergiers ou brugnons, des branches fleuries, & les portera près des fleurs de l’abricotier sur lequel il veut opérer. Alors il fera adroitement, avec la pointe d’un morceau de bois, tomber la poussière fécondante des étamines sur le pistil ou partie femelle de la fleur de l’abricot qu’il veut féconder. Si la fleur de l’abricotier est trop épanouie, l’opération sera infructueuse, parce que la poussière fécondante a déjà été élancée sur la partie femelle, & par conséquent les ovaires sont fécondés, & il ne peut y avoir deux fécondations successives. Il faut donc saisir le moment de l’épanouissement de la fleur qui doit féconder & celui de la fleur qui doit être fécondée. Rien n’empêche de choisir, sur le même arbre, plusieurs fleurs pour cette opération ; mais pour éviter la confusion, & se ressouvenir dans la suite de ce que l’on a pratiqué, il faut avoir un registre sur lequel toutes les expériences seront inscrites, & qui indiquera la couleur du fil de soie