Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/227

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essayée sur une centaine de ceps, & on jugera après, avec connoissance de cause. Si pour la récolte de 1779 le languedocien avoit suivi cette méthode, il n’auroit pas eu une récolte complettement pourrie, & le vin qu’elle a donnée a été de si mauvaise qualité, qu’on a été forcé de le convertir en eau-de-vie, & cette eau-de-vie encore a un mauvais goût. (Voyez au mot Échalas, la manière facile de s’en procurer dans les provinces méridionales.)

En terme de Jardinage, accoler une branche, a la même signification que pour la vigne.


ACCOUCHEMENT. La sortie d’un enfant du sein de sa mère, au terme de neuf mois, se nomme Accouchement. La sortie d’un enfant du sein de sa mère, avant ce terme, se nomme Avortement. Nous ne rapporterons pas les systèmes imaginés sur la cause qui détermine, qui force même l’enfant à terme à sortir du sein de sa mère : ces systèmes, fruits d’une imagination brillante, nous éloigneroient de la simplicité de notre plan. Nous nous contenterons de donner des idées nettes sur ce qui se passe avant l’accouchement, pendant l’accouchement, & après l’accouchement, relativement au secours que l’on peut porter à la mère & à l’enfant.

1º. Avant l’accouchement.

L’auteur de la nature a couvert d’un voile impénétrable cette sublime fonction par laquelle, émule de la divinité, l’homme devient lui-même créateur, en donnant le jour à un être de son espèce. Par une sagesse dont on ne sauroit trop admirer la profondeur, c’est par l’attrait du plaisir le plus vrai, & par conséquent le plus vif, que le grand être a forcé l’homme à se reproduire. Hélas ! Pourquoi ce plaisir, toujours impérieux & sans mélange d’amertume chez l’homme, est-il chez la femme suivi de douleurs aiguës qui la privent quelquefois de la vie, à l’instant même qu’elle la donne ? Mais n’injurions pas la nature : sage & prévoyante dans ses vastes plans, elle a tout vu, tout calculé & tout arrangé pour le maintien de ses loix invariables. Osons croire que, sans les douleurs de l’enfantement, la femme eût moins chéri & moins soigné ce foible & intéressant rejetton d’elle-même : car la douleur qui s’imprime profondément, attache plus que le plaisir qui, léger & fugitif par son essence, disparoît sans ne laisser que de foibles traces après lui. Sans ces mêmes douleurs qui déchirent la femme dans l’enfantement, l’homme moins sensible par sa constitution plus vigoureuse, n’eût pas senti avec autant d’énergie le plaisir de voir multiplier son existence, si, averti par les accens de la douleur, il n’eût craint de perdre à la fois l’objet de ses jouissances passées & l’objet de ses jouissances à venir. Ces craintes bien légitimes font naître dans son cœur un sentiment exquis & nouveau, sentiment qui loin de s’affoiblir, ne fait au contraire que s’accroître par le partage qu’il en fait de la mère à l’enfant, & de l’enfant à la mère. Les femmes, il faut l’avouer, sentent ce plaisir avec bien plus d’activité que les hommes ; & sans craindre qu’on nous soupçonne de vouloir injurier un sexe qui seul nous fait goûter le