Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/228

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prix de la vie, nous osons dire que la maternité est peut-être le seul sentiment vrai & profond du cœur des femmes : souvent même, & qu’on nous pardonne l’expression, il a créé une ame à celles qui n’en avoient point. Eh ! c’est encore un des bienfaits de la nature, source féconde d’une infinité de vertus sociales dont nous devons lui rendre hommage. Osons donc dépouiller du titre sacré & respectable de mère, ces femmes frivoles & insensibles, vils jouets des passions factices, qui n’ont jamais senti, ni même soupçonné les devoirs & les jouissances de la maternité.

Ô mères ! parmi le nombre des êtres pensans qui vous honorent, quand, dociles élèves de la nature, vous remplirez dignement la charge qu’elle vous a confiée, soyez certaines que le culte que vous méritez à plus d’un titre, vous est plus justement, & plus religieusement rendu par ceux qui, comme moi, instruits de la multiplicité des maux qui vous affligent, se sont dévoués à la recherche des moyens capables de les détruire, ou d’en alléger le poids.

Qu’on nous pardonne cette digression en faveur de la beauté du sujet, & nous nous hâtons de reprendre la tâche que nous nous sommes imposée.

Pendant la grossesse, la sensibilité des femmes s’augmente insensiblement ; les différens liens qu’elles ont contracté leur deviennent plus chers : il semble que la nature les dispose par degré au sentiment de la maternité qui les renferme tous.

Les femmes enceintes peuvent être attaquées de toutes les maladies qui ne sont pas relatives à leur état de grossesse, & ces maladies exigent une attention plus scrupuleuse. Elles sont sujettes encore à des incommodités & à des maladies qui tiennent absolument à leur état de grossesse.

Les moyens dont on se sert pour prévenir & pour guérir ces incommodités & ces maladies, sont, les saignées, les purgatifs & les bains.

Lorsqu’une femme enceinte est très-sanguine ; qu’elle éprouve des étourdissemens, & que le sang se fraye une route par le nez ou par la matrice, il ne faut pas hésiter à tirer du sang. Les femmes qui habitent les villes éprouvent des règles plus abondantes que les femmes qui vivent à la campagne ; c’est pourquoi la saignée est plus nécessaire aux premières : d’ailleurs, les femmes de la ville mangent beaucoup & perdent peu par l’exercice, tandis que les femmes de la campagne ne font pas usage de mets aussi succulens, & perdent beaucoup par l’exercice ; il faut donc très-rarement saigner ces dernières, à moins que le sang ne paroisse au nez & à la matrice, & qu’elles n’éprouvent des maux de tête violens, des étourdissemens, & un goût de sang dans la bouche.

Les femmes qui ont peu de règles, qui sont délicates, qui digèrent mal, qui ont un teint jaune ou décoloré, & qui vomissent, ne doivent pas être saignées : il faut, au contraire, soutenir les forces de l’estomac, & rétablir ses fonctions avec des purgatifs amers, tels que la rhubarbe.

Les femmes très-irritables, c’est à-dire, celles qui ont les nerfs toujours tendus, retirent un très-grand