Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/235

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


décoction de chicorée sauvage & de cresson, avec deux onces de manne & trois gros de sel de sedlitz ; & appliquer dessus le dépôt, ou un emplâtre de ciguë, ou un cataplasme fait avec la mie de pain, les fleurs de camomille, deux gros de savon, & du lait.

Quelquefois il arrive encore que le lait se coagule promptement dans le sein, & cette maladie s’appelle le poil ; on lui a conservé ce nom d’après une idée fausse des anciens, qui croyoient qu’elle étoit l’effet d’un cheveu avalé, & arrêté dans le sein : si la fièvre & la douleur sont fortes, il faut le traitement de l’inflammation ; si la femme nourrit, le remède par excellence est la succion.

Si on néglige d’y porter du secours, cette maladie dégénère en squirre ; enfin, en cancer, la plus douloureuse, comme la plus incurable des maladies.

Après le traitement de l’inflammation, s’il y a encore un peu de douleur, il faut appliquer du riz cuit dans de l’eau en forme de cataplasme, faire diète, & prendre des lavemens simples à l’eau tiède ; s’il n’y a point de douleur, ou si elle est légère & supportable, il faut appliquer sur le sein une poignée de ciguë bouillie dans de l’eau, & enveloppée entre deux linges, que l’on aura soin de réchauffer de tems en tems, & à l’intérieur on fera prendre les pilules de ciguë ; on commencera par dix grains chaque jour : l’on augmentera par degré, suivant l’âge, les forces & le tempérament de la malade.

Quelquefois il arrive aussi que le lait ne monte pas au sein, parce que la matrice ne se resserre pas comme elle le fait ordinairement : le lait alors séjourne dans la matrice, & on a vu des femmes mourir en très-peu de tems de cette maladie. Dans l’hôtel-dieu de Paris, surpris de la quantité de femmes accouchées qui périssoient en peu de tems, un des médecins de cet asyle de douleurs, M. Majault, que nous nommons avec la considération que ses talens distingués méritent, découvrit que la cause de ces morts rapides siègeoit dans la matrice, qui n’entroit point en contraction : c’est pourquoi, afin de procurer le resserrement nécessaire de cet organe, il fit appliquer sur la région de la matrice des compresses trempées dans le vinaigre froid, tandis qu’il faisoit couvrir le sein avec des cataplasmes émolliens ; la matrice se contracta, poussa le lait vers son séjour ordinaire ; & il y parvint d’autant plus aisément, que les parties détendues ne s’opposoient plus à son arrivée : cette méthode rationnelle & lumineuse fut suivie des plus heureux succès.

Pour terminer ce que nous avons à dire sur les maladies que le déplacement du lait fait naître, il n’est pas inutile de prévenir une objection qu’on pourroit nous faire : c’est, dit-on, la méthode simple des humectans & des adoucissans, qui produit cette quantité prodigieuse de maladies laiteuses ; en Russie, où l’âpreté du climat semble favoriser davantage ces maladies, elles sont des plus rares. Les femmes russes nouvellement accouchées, font usage de gruau d’avoine, dans le-