Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/276

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l’établissemént de l’empire, le peuple soumis aux loix dictées par Romulus, étoit un peuple de brigands & d’esclaves qui avoient secoué le joug. Leur manière de vivre différoit peu de celle des hordes sauvages de l’Amérique. Il ignoroit l’art de faire du pain ; & le sage & judicieux Numa leur apprit à faire cuire les grains & à les manger comme des gruaux. Dans la suite, le nom de pison, ou de pileur, fut donné à celui qui inventa les pilons pour écraser le grain & le réduire grossiérement en farine.

Pour avoir une juste idée de l’agriculture de ce peuple, il suffit de jeter les yeux sur les ouvrages de Caton, de Pline, de Columelle, de Virgile, &c. Ils entrent dans les plus grands détails, & sont les garants des faits rapportés dans les chapitres précédens, pour ce qui reste à dire.

Des terres. Elles furent cultivées avec la charrue, si bien décrite par Virgile, & encore en usage dans les provinces méridionales de France ; elles étoient tirées par des bœufs, & non par des chevaux. Les romains, dans les derniers tems de la république, apprirent des habitans de la Gaule Cisalpine à se servir de la charrue à roues, supérieure, à tous égards, à la première. Les terres étoient semées une année, & l’année suivante elles restoient en jachère.

Des engrais. Ils ne tirèrent aucun avantage de la marne, quoique son usage fut commun chez les gaulois & chez les anglois ; mais leur industrie fut extrême pour se procurer d’autres engrais. Celui qu’on tiroit des cloaques de Rome fut une fois vendu jusqu’à 600 000 écus. Leurs basse-cours & leurs colombiers leur en fournissoient beaucoup. Comme le droit de chasse appartenoit exclusivement au propriétaire du terrain, le gibier étoit aussi rare qu’il est commun aux environs de Paris ; les gens aisés multiplièrent les volières, & leur donnèrent la plus grande étendue, afin d’y élever des perdrix, des grives & toutes sortes d’oiseaux. Ces volières multiplièrent les engrais. Lorsque la masse de fumier n’étoit pas suffisante pour l’étendue des champs, on semoit des plantes légumineuses, & même du seigle ; & dès que le tems de leur fleuraison étoit passé, la charrue renversoit ces plantes dans les sillons, les recouvroit de terre ; & la plante ainsi enterrée, nourrissoit & formoit un engrais pour la récolte suivante. Cette méthode est encore pratiquée dans quelques provinces de France, & surtout dans les environs de Lyon, pour les terrains maigres & caillouteux : le lupin y garnit la terre pendant l’année de jachère. Chez les romains, le chaume étoit brûlé sur place, & les bestiaux parquoient en plein air. En un mot, rien n’étoit oublié pour multiplier les engrais. Les flamands & les artésiens sont les seuls habitans du royaume dont on puisse comparer la conduite sur cet objet à celle des romains.

Des bleds. Les romains comprenoient sous le mot frumentum toutes les plantes graminées qui fournissoient un grain dont la farine étoit bonne à manger, ou propre à faire du pain. Ils semèrent toujours beaucoup d’orge dont ils faisoient du pain ; & lorsqu’après les grandes conquêtes l’or & les richesses regorgèrent à