Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/28

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que de quinze mille abeilles ; il y en a certainement de bien plus nombreux ; ce seroit toujours quarante-cinq mille abeilles, qui auroient toutes une mère commune. Toutes ces jeunes abeilles ne partent pas avec les essaims ; il en reste toujours pour remplacer celles qui meurent ou de vieillesse, ou par accident : celles qui naissent dans le courant de l’année, lorsque la saison de la sortie des essaims est passée, ne quittent point l’habitation ; elles réparent les pertes journalières que fait la république par la mort de ses citoyennes ; celles qui demeurent peuvent former un nombre aussi grand que celui d’un essaim ; une mère-abeille donne par conséquent naissance, au moins, à soixante mille abeilles.

C’est un calcul très-facile à faire que celui de trouver le nombre des abeilles qui composent un essaim. M. de Réaumur, dont on peut être assuré de l’exactitude, a pesé des abeilles, & il a trouvé que 336 donnoient le poids d’une once ; par conséquent 5376 celui d’une livre de seize onces. Pour connoître le poids d’un essaim, il faut peser la ruche avant de l’y recevoir : quand il y est, il faut encore la peser ; l’excédent qu’on trouvera la seconde fois sur son premier poids, sera celui de l’essaim. Une bonne ruche, comme il a été dit, peut donner trois essaims : s’ils sont forts, ils doivent peser cinq à six livres ; il y en a qui en pèsent huit ; ils sont rares, il est vrai. Selon le calcul que nous venons d’indiquer, un essaim de six livres sera composé de 32256 abeilles ; une ruche qui en donne trois, fournit par conséquent une population de 96768 abeilles qui sont toutes provenues de la même mère. Il est vrai que, lorsque M. de Réaumur a calculé combien il falloit d’abeilles pour le poids d’une livre, il en a pris qui étoient mortes, qui pesoient sans doute moins que si elles avoient été vivantes ; mais quand il y auroit un tiers à diminuer, le nombre seroit toujours très-considérable.


CHAPITRE III.

Des Faux-Bourdons.


Section première.

Description des Faux-Bourdons.


Les anciens naturalistes ont très-peu observé les faux-bourdons ; ils pensoient sans doute qu’un être oisif & fainéant, qui consommoit le fruit des travaux des abeilles, ne méritoit pas qu’un philosophe s’occupât de lui : la plupart les ont traités avec tant de mépris, qu’ils ne les appelloient que des êtres imparfaits : s’ils avoient connu leur organisation particulière, ils auroient eu plus de considération pour eux, & ne les auroient pas regardés comme de vils esclaves que les ouvrières, au rapport de Pline, chargeoient des travaux les plus pénibles, & les punissoient de mort quand ils ne s’en acquittoient pas.

On distingue aisément les faux-bourdons, de la reine & des autres abeilles : leur corps est moins long que celui de la reine, & plus gros que celui des ouvrières, (Fig. 2, Planche 1) leur tête est arrondie, & leurs yeux à réseaux, beaucoup plus grands que ceux des ouvrières, se touchent au-dessus de la tête où