Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/283

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on trouve un dépôt, peu ancien, formé par les eaux de la mer, & qui s’accroît chaque jour. Tel est le premier grand bassin : il doit son existence au Rhône & aux rivières qu’il reçoit.

Ce premier bassin comprend deux parties très-distinguées par une chaîne de montagnes de l’ordre secondaire, c’est-à-dire plus basses que les alpines. Le Rhône va de l’orient à l’occident, & suivant, après cela, une ligne droite au midi, forme cette réparation en baignant le pied de la chaîne des Monts-Jura, celui des montagnes du Bugey, & ensuite celui des montagnes du Lyonois & du Vivarais.

Il résulte de ces deux grandes divisions, deux climats dont la température est très-différente. Le premier, c’est-à-dire le supérieur, est habituellement & presque partout de trois à quatre degrés plus froid que Lyon, (je parle des plaines) parce que toute la partie inférieure de ce second bassin est perpétuellement garantie des vents du nord depuis Lyon jusqu’â la mer. La chaleur habituelle du premier bassin n’est pas en raison de son plus ou moins grand rapprochement du midi, mais en raison de la masse & de la multiplicité des grands abris : dès-lors la différence des produits & des cultures. Toutes les rivières qui traversent la partie supérieure du bassin ont un cours doux & paisible ; elles descendent, par des pentes insensibles, des montagnes que les eaux pluviales décharnent chaque jour ; leurs débordemens portent, dans la plaine, un limon fertile, un engrais comparable à celui que le Nil laisse sur ses bords ; dès-lors, les belles & riches prairies de Franche-Comté, de Bourgogne, de Beaujollois ; dès-lors, ces moissons abondantes que l’œil contemple avec admiration en parcourant ces provinces. La bonté du sol excite à la culture du chanvre & de tous les grains utiles aux hommes & aux animaux.

On voit dans plusieurs parties de ce bassin supérieur, les vignes & les vins jouir de la première réputation, & la majeure partie des spectateurs ne fait pas attention que les vignes renommées sont abritées par des collines ou des montagnes. Si, par supposition, on aplatissoit, au-dessus de Dijon, la chaîne du mont Afrique qui se propage du côté de Rochepot, que deviendroient les vignes de Nuits, de Beaune, &c. ? Leur bonté, leur excellente qualité tient à l’abri qui les défend, & augmente la chaleur dont elles ont besoin ; le grain de la terre décide le goût de ces vins.

La Saone, le Durgeon, l’Ougnon, le Doux, la Seille, &c. vivifient, enrichissent & embellissent ce bassin supérieur : mais la scène change dans le bassin inférieur ; le paysage des montagnes cultivées dans cette partie, doit tout à l’art, qui surmonte la nature, & au travail opiniâtre qui le soutient. On ne voit partout que rochers décharnés, sables, graviers. Le Rhône & toutes les rivières qui se jettent dans son sein ont des cours rapides, impétueux, précipités : tels sont ceux de la rivière d’Ain, de l’Isère, de la Drome, de la Durance, du Gardon, &c. aussi sur toute l’étendue depuis Lyon jusqu’à la mer, on