Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/292

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bonne. Le Roussillon est traversé par le Teck, le diocèse de Nîmes par le Vistre & la Vidourle, celui de Montpellier & d’Agde par l’Eraut, & celui de Béziers par l’Orbe. Toutes ces rivières se jettent dans la mer séparément, & chacune forme son bassin particulier.

De la chaîne de montagnes qui traverse de l’est à l’ouest le bassin dont on parle, il part des embranchemens sans nombre de petites monticules qui viennent toutes se précipiter à la mer. Ces éminences présentent de vallons fertiles, bien abrités & bien cultivés : mais la crête ou leur plateau, est sec, décharné, couvert de cistes & de bruyères, de petits chênes verts rampans, & de garou. Les uns ne sont qu’un amas de cailloux roulés, les autres des vastes couches de pierres calcaires ; enfin, dans beaucoup d’endroits, des laves en masses énormes pour l’étendue & pour la profondeur. Valros n’est qu’un amas de cendres volcaniques ; Saint-Ibery un assemblage de basalte, & Agde le foyer du volcan, d’où la lave s’est répandue. On peut dire, strictement parlant, qu’il n’existe aucune plaine d’un peu de conséquence dans le Bas-Languedoc. Il faut cependant en excepter celle depuis Nîmes jusqu’à la mer, & celle de Montpellier ; ces plaines sont le résultat des dépôts & des atterrissemens peu anciens. Les dépôts, les vallons sans nombre, les abris multipliés à chaque pas, rendent les récoltes de vin & d’huile presque toujours sures. On leur doit les vins muscats de Lunel, de Cette, de Béziers, la blanquette de Limoux & les vins du Roussillon, & surtout de Rivesaltes. Si la sécheresse & les ardeurs de l’été étoient moins fortes, le Bas-Languedoc produiroit beaucoup de bled : des rosées abondantes & le vent humide de la mer suppléent en partie aux pluies ; elles entretiennent la vigueur des vignes, mais ne sont pas suffisantes pour les grains. C’est à la faveur de ces abris que les fruits à noyaux acquièrent une maturité parfaite & un goût délicieux. Peu de provinces du royaume peuvent lui disputer la prééminence pour les melons, excepté la Provence.

Quoiqu’il y ait beaucoup de terrain inculte, on ne peut pas le regarder comme inutile. Il nourrit de nombreux troupeaux, dont la laine est très-fine, & sert aux manufactures des draps légers qu’on fabrique pour le Levant. L’animal est petit & sa chair est excellente, ferme, & ne sent point le suif. Tout le monde connoît la réputation dont jouissent les moutons de Ganges. Des pluies plus fréquentes rendroient ce pays de la plus grande fertilité.

3º. Du Bassin de la Navarre. Il n’est, à proprement parler, qu’un amas de montagnes arrosées par mille & mille ruisseaux. Toutes les rivières partent du sud-est, forment un demi-cercle en tirant vers le nord, reviennent toutes à l’ouest se jeter dans l’Adour, qu’on pourroit compter au rang des fleuves. Les principales sont la Gave d’Oléron & la Gave de Pau, la Nive, la Midouze, la Douce, &c. La chaîne des montagnes qui séparent ce bassin des autres, est formée par les Pyrénées du côté du midi ; leur embranchement remonte au nord