Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/309

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sans, sur-tout dans les pays chauds, & ils en mangent avant d’aller au travail, pour se garantir, disent-ils, du mauvais air. L’ail ne convient point aux tempéramens chauds, surtout lorsqu’il y a bouillonnement dans le sang, chaleur d’entrailles, &c. dans ces cas, ce seroit un remède incendiaire. Si on applique l’ail extérieurement, il irrite les tégumens, & par son long séjour, il les enflamme. M. Chomel s’est servi avec succès de son application sous la plante des pieds, pour favoriser l’éruption de la petite vérole, ou l’accélérer lorsqu’elle est tardive. Quelques auteurs conseillent assez mal à propos la bulbe écrasée, réduite en pâte & mêlée avec l’huile d’olive pour appliquer sur les brûlures. La brûlure n’est jamais sans inflammation, & toute inflammation fait promptement rancir toutes les espèces d’huile ; dès-lors, elles deviennent irritantes, corrosives, augmentent le mal loin de le guérir. Des linges continuellement imbibés d’eau fraîche, offrent un remède plus simple & plus sûr.

Usages. Le suc exprimé des racines se donne depuis une demi-drachme jusqu’à une once, seul ou mêlé avec parties égales de vin blanc. La bulbe, depuis demi-once jusqu’à deux onces, en macération au bain-marie, dans huit onces d’eau ou de vin blanc : cuite sous les cendres chaudes, & broyée jusqu’à consistance pulpeuse, pour un cataplasme.

Pour les animaux, on donne l’ail broyé à la dose d’une once, mêlé dans une livre de vin.

De sa culture.

M. le chevalier Von Linné compte trente-sept espèces d’ail ; & il comprend dans ce nombre, la rocambole, le poireau, l’oignon, &c. Comme cet Ouvrage n’est pas consacré à la botanique, on a pensé, afin d’éviter les renvois, de traiter chaque article suivant leur ordre alphabétique.

Du terrain qui lui convient. Les auteurs qui ont écrit sur le jardinage, disent communément que toute terre lui convient. Cette proposition est vraie en général, c’est-à-dire que l’ail végète partout ; cependant l’expérience prouve que certains terrains lui conviennent infiniment plus les uns que les autres.

Dans le Bas-Poitou, par exemple, au village de la Tranche, situé au bord de la mer, & vis-à-vis de l’île de Ré, on cultive une quantité prodigieuse d’ail & d’oignons, & ils sont monstrueux pour leur grosseur. Tout le pays est composé de dunes ; le sable y est mouvant, & porté çà & là par les vents. C’est entre ces dunes & à l’abri des vents que la culture est établie, au milieu des sables brûlans pendant l’été. Les habitans de la Tranche rassemblent, aux bords de la mer, les débris des plantes marines & des lithophytes qu’elle rejette, & ils s’en servent comme engrais pour vivifier leurs sables. S’ils multiplioient trop cet engrais, la récolte seroit mauvaise. On doit donc conclure, d’après cette expérience en grand, que plus le terrain est léger, plus la plante réussit. En effet, si l’on considère toutes les plantes à oignons ou liliacées, on verra qu’elles ont peu besoin