Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/318

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rame du côté opposé à celui où il doit aller ; ainsi en ramant à droite, le bateau tournera à gauche ; & ramant à gauche, il se dirigera vers la droite. Tel est exactement le méchanisme du vol d’un oiseau à droit ou à gauche. Veut-il se porter vers la droite ? alors il frappe l’air obliquement de l’aile gauche, en le repoussant un peu vers la queue : le contraire arrivera, s’il fait ce même mouvement de l’aile droite. On peut remarquer très-facilement ce jeu des ailes dans les pigeons : pour tourner à droite, on les voit distinctement élever l’aile droite plus haut que l’aile gauche, en frapper vivement l’air dans une direction oblique, tandis que l’aile gauche se meut à peine.

Très-souvent on voit les oiseaux, surtout les oiseaux de proie, parcourir un grand espace sans mouvoir aucunement les ailes. Ce mouvement rapide & uniforme est produit par un violent coup d’aile. Ce n’est que la suite & l’effet d’une première impulsion, comme un bateau se meut long-temps après un coup de rame. Mais l’oiseau & le bateau cesseront de se mouvoir sitôt que l’effet de leur gravité égalera ou l’emportera sur l’impulsion qu’ils avoient reçue ; & pour les faire avancer de nouveau, il faudra un nouveau coup d’ailes & de rames.

Il est bien étonnant que, malgré l’impétuosité prodigieuse avec laquelle les oiseaux volent, ils puissent s’abattre & terminer leur vol avec autant de facilité. Ne devroit-on pas craindre qu’un aigle, par exemple, qui se précipite de la région des nuages, ne se brisât contre la terre dans sa chute ? Non, la sage Nature lui a appris l’art de composer son vol, de manière qu’il se ralentit insensiblement, & que lorsqu’il approche de la terre, il s’y repose plutôt qu’il n’y tombe. L’oiseau qui veut prendre terre étend ses ailes & sa queue en forme de voûte perpendiculaire à la direction de son mouvement. La surface que présentent les ailes & la queue, semblables à des voiles de navire, retarde d’abord l’impétuosité du vol, qui diminue encore davantage, lorsque l’oiseau en frappe l’air en avant ; il produit alors un mouvement contraire à celui qu’il avoit auparavant ; ce qui le détruit insensiblement. Enfin, sur le point de prendre terre, il étend les pattes de façon qu’elles la touchent petit à petit en pliant les articulations, cédant au coup, & se redressant de la même manière. Ainsi l’oiseau parvient à se reposer après avoir perdu presque tout le mouvement qu’il avoit.

Tel est tout le parti que l’oiseau peut tirer de ses ailes, & le méchanisme étonnant de son vol. On ne peut assez admirer l’auteur de tout cet appareil industrieux par lequel des êtres, d’un poids quelquefois énorme, peuvent se rendre presqu’aussi légers qu’un pareil volume d’air, s’élever dans l’atmosphère, se perdre dans les nues, se précipiter, remonter avec une vîtesse prodigieuse, tourner sur eux-mêmes ; tantôt décrire une ligne droite, tantôt former des cercles de différens diamètres ; puis, malgré toute leur impétuosité, venir se reposer tranquillement à terre ou sur une foible branche que leur poids fait courber. Quel art ! quelle