Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/327

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mens de sang, des hémorragies considérables annoncent que le sang a brisé les vaisseaux qui le retenoient dans son cours ; & nullement contenu par la réaction extérieure de l’air, rien ne peut plus s’opposer à son impétuosité.

Les hommes & les animaux ne sont pas les seuls êtres vivans sensibles à la diminution de la pesanteur de l’air. Ne cherchons point d’autres causes pourquoi à une certaine hauteur, on cesse de rencontrer les grands arbres, & que le règne végétal diminue, pour ainsi dire, en raison directe de l’élévation du sol. Depuis long-tems on a divisé, pour ainsi dire, l’air en trois grandes zones ; la plus inférieure, & en même tems la plus dense, soit par sa pesanteur, soit par l’abondance des vapeurs & des exhalaisons terrestres dont elle est chargée, renferme dans son sein & nourrit la plus grande quantité des végétaux. C’est en général la patrie propre aux plantes foibles, succulentes & tendres. La vivacité de la séve la feroit facilement extravaser hors des vaisseaux & des pores de la plante, si elle n’y étoit retenue par la très-grande pression de la colonne d’air qui l’environne, & qui obstrue par sa densité tous les orifices. Dans la zone moyenne, l’air un peu plus homogène, plus élevé & plus léger, n’a pas assez de force pour contre-balancer la force de la séve dans ce genre de plantes : aussi elles ne peuvent végéter dans cette région. La Nature, toujours sage & prévoyante, y a pourvu en n’y faisant croître que des plantes à tiges ligneuses, plus serrées & plus fortes. Dans cette classe, la rigidité des fibres végétales & de l’écorce, supplée à la foible réaction de l’air & à son défaut de pression. Enfin, la région supérieure, où l’air n’est plus qu’un fluide très-pur dégagé de toutes parties hétérogènes, un être très-subtil & très-rare, & d’autant plus rare, qu’il s’éloigne de plus en plus de la terre ; dans cette région, la pression de l’air est presque nulle ; rien n’y végète ; tout y dépérit : point de chaleur, & par conséquent point de vie. Quelque salubre que paroisse l’air qu’on y respire, il ne porte pas avec lui les parties nutritives propres à l’entretien vital, soit pour les plantes, soit pour les animaux. Les liqueurs n’y ont point de saveur ; rien ne force leurs molécules de pénétrer & d’affecter les papilles nerveuses de l’organe du goût. Les plantes que l’on transplanteroit dans cette région, perdroient leur force de succion. Le poids de l’air ne seroit pas assez considérable pour pousser les sucs nourriciers dans les racines. Toujours rampantes, leurs tiges ne trouveroient pas un soutien dans l’air même. Les sucs & la séve ne pourroient y fermenter : rien ne les obligeroit à réagir l’un contre l’autre. Enfin, ce qui paroît être la qualité la plus précieuse dans l’air, sa légéreté & sa pureté, y devient nécessairement la cause d’une langueur pareille à la mort.

Si la trop grande légéreté de l’air est si dangereuse, sa trop grande condensation ne l’est pas moins ; les deux extrêmes sont à éviter. Dans les régions d’une hauteur moyenne, dans les terrains élevés & secs, l’air est généralement beaucoup plus sain : moins chargé d’exhalaisons impures