Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/341

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piration & par les pores ; il se mêle à l’air ambiant, & augmentant par là la proportion de l’air pur sur l’air vicié, il améliore toute la masse. C’est dans ce sens réellement que la végétation purifie en grand l’air atmosphérique, & qu’une plante renfermée dans un bocal, corrige la malignité de l’air méphitique qu’il contiendroit.

Le docteur Ingen-House a répandu le plus grand jour sur cette nouvelle théorie par ses expériences sur les végétaux ; il nous apprend que les feuilles exposées à la lumière du soleil, versent « durant le jour une pluie abondante (s’il est permis de s’exprimer ainsi) de cet air vital & dépuré qui, se répandant dans la masse de l’atmosphère, contribue à entretenir sa salubrité, & à la rendre plus appropriée à la vie des animaux. » Cette heureuse sécrétion n’est pas continuelle ; elle commence seulement quelque tems après que le soleil s’est levé sur l’horizon ; elle est plus ou moins vigoureuse en raison de la clarté du jour & de la situation de la plante plus ou moins à portée de recevoir l’influence directe du soleil. Cette émanation commence à languir vers la fin du jour, & cesse entiérement au coucher du soleil ou peu de tems après. D’après ces observations, ce savant conclut que c’est la lumière du soleil seule qui déphlogistique l’air à sa sortie de la plante, puisque la même plante, à l’ombre & durant la nuit, ne donne que de l’air fixe. On a encore fait trop peu de recherches sur cet objet, pour oser prononcer l’affirmative. Il nous paroît seulement difficile à concevoir que le même air change de nature aussi essentiellement par sa seule exposition à la lumière.

Quoique nous ayons avancé que l’air fixe devenoit partie constituante & nourrissante de la plante, il ne faut pas en conclure que toute la masse absorbée y soit tellement concentrée, qu’il ne s’en échappe point. Au contraire, il en est de cet air comme de toutes les nourritures : après sa décomposition, il circule sans doute avec les sucs, porte la vie de tous côtés ; une partie se fixe & se combine, tandis que l’autre s’exhale par les pores. Toutes les parties de la plante, comme nous l’avons vu, peuvent inspirer l’air atmosphérique ; mais toutes ne paroissent pas jouir de la faculté d’expirer les deux espèces d’air qui entrent dans sa composition. Les feuilles, les tiges & les rameaux verts qui les supportent, paroissent s’occuper essentiellement de la sécrétion de l’air déphlogistiqué, tandis que les fleurs sur-tout, les fruits & les racines exhalent constamment l’air fixe. Cette distribution de vaisseaux excrétoires n’a pas été faite en vain par la nature ; elle est trop sage pour n’avoir pas un but. Comme l’air fixe est la partie nourrissante, s’il pouvoit s’exhaler facilement par les feuilles & les tiges, les fleurs & les fruits seroient privés de cette nourriture nécessaire ; l’air déphlogistiqué devenant inutile & même nuisible, doit s’échapper le plutôt & dans la plus grande quantité possible : aussi la surface des feuilles étant infiniment plus