Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/342

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


étendue que celle du reste de la plante, offre un plus grand nombre de vaisseaux excrétoires. Sans doute que leur forme n’est pas la même, & que les organes propres pour l’exhalation de l’air fixe ne se trouvent que dans les fleurs & les fruits. Il ne faut pas croire cependant que ces vaisseaux ne laissent passer absolument que l’espèce d’air déterminée ; les feuilles mêmes donnent de l’air fixe, à la vérité, mais en très-petite quantité, durant la nuit, à l’ombre, en général en l’absence de la lumière. Quelques fruits exposés au soleil fournissent un peu d’air déphlogistiqué. Ne pourroit-on pas raisonner sur cette inversion de sécrétion, comme sur celle qui arrive dans certains cas aux animaux. Les pores de la peau ne paroissent être faits que pour filtrer la sérosité du sang ; quelquefois cependant la partie rouge, & les autres principes de ce fluide passent avec elle, & l’on sue vraiment du sang. Cet état n’est pas naturel, je le sais ; il dépend d’une crise violente intérieure, qui force le sang de se frayer une route & de remplir des canaux qui ne devroient être occupés que par de la sérosité. Ainsi dans les plantes la lumière dispose les feuilles, & les met dans l’état le plus propre à transpirer l’air déphlogistiqué, & son absence permet à l’air fixe de forcer des barrières qui naturellement s’opposent à son passage. Au reste, cette partie de la physiologie végétale est trop peu avancée pour que nous puissions poser avec confiance des principes certains : c’est à l’expérience à confirmer ou à détruire ce que nous avons avancé ; mais il sera toujours constant que l’air joue un très-grand rôle dans la végétation, & comme air composé, & comme air décomposé.

§. V. De l’Air considéré comme fixé, & partie constituante des corps.

L’air, ce fluide répandu sur toute la surface du globe, non-seulement enveloppe tous les corps, & les presse en tout sens, mais encore il les pénètre & se trouve disséminé entre leurs parties intégrantes. Plusieurs expériences pneumatiques peuvent le rendre sensible, & l’en extraire ; mais cet air qui s’échappe de leurs pores & de leurs cavités, n’est que de l’air atmosphérique. Il est cependant des moyens d’en extraire une autre espèce d’air qui entre dans la composition intime des corps, qui en paroît être la partie constituante, le lien & la vie. Combiné en très-grand volume avec leurs molécules, on peut le regarder comme un de leur principe les plus abondans. Tous les corps, de quelque nature qu’ils soient, & à quelque règne qu’ils appartiennent, le contiennent en abondance. Ce principe se présentant constamment sous une forme aérienne permanente, jouissant d’une diaphanéité, d’une invisibilité, d’une expansibilité, d’une compressibilité, & par conséquent d’une élasticité, enfin, d’une pesanteur spécifique peu différente de celle de l’air commun, il n’est pas étonnant que les anciens l’aient confondu avec l’air atmosphérique. Tout semble cependant démontrer que ce n’est pas la même chose, & qu’au contraire, l’air atmosphérique lui-même est en partie composé de ce