Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/357

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leur donne une nouvelle modification & une nouvelle existence. (Voyez, pour le premier cas, le §. IV, de l’Air considéré comme partie constitutive des plantes, & nécessaire à leur entretien, page 314 ; & le mot Fermentation.)


Section V.

De l’Air déphlogistiqué.

Après avoir parlé de l’air en général, & de l’air fixe en particulier, il semble naturel de parler ici de ces fameuses espèces d’air dont la découverte a fait tant de bruit de nos jours. Mais il paroît, jusqu’à présent, que le chimiste est celui qui en a tiré le plus de parti. L’utilité de cette découverte ne reflue pas encore beaucoup sur les connoissances nécessaires à l’agriculteur. Tranquillement occupé du soin de ses plantes & de leur végétation, de ses bestiaux & de leur entretien, il ignore l’analogie que ces objets peuvent avoir avec l’air inflammable produit par des dissolutions, l’air déphlogistiqué développé par revivification, les airs acides ou alkalins ou végétaux, les airs acides spathiques ou sulfureux, l’air nitreux, &c. Mais quand il apprendra que cet air atmosphérique qu’il respire est composé d’air fixe ou méphitique, & d’air pur ou déphlogistiqué ; que c’est à la proportion plus considérable de cet air déphlogistiqué sur l’air fixe, qu’il doit la plus grande salubrité de l’élément dans lequel il vit : quand il saura qu’il est peu de moyens aussi commodes pour calculer ces degrés de salubrité qu’en combinant de l’air nitreux avec l’air atmosphérique ; que cet air déphlogistiqué, quoique plus respirable & le plus propre à la combustion, n’est pas le plus propre à la végétation ; quand il saura que l’air inflammable, aliment des végétaux, est le principe de ces vapeurs exhalées par certaines fleurs qui s’enflamment subitement d’elles-mêmes ; que c’est lui qui constitue les moufettes, ou feu brisou, qui portent la mort dans les mines qu’on exploite ; que c’est lui qui, sous l’apparence d’une flamme rare & légère, semble fuir le soir devant lui, le poursuivre & l’amuser de mille manières, sous le nom de feux follets ; que c’est encore lui qui, s’exhalant du fond des marais ou des eaux stagnantes, s’embrase à l’approche d’une lumière : sans doute alors sa curiosité sera piquée, son intérêt se réveillera ; & ce qui n’étoit pour lui qu’un vain objet d’indifférence, méritera bientôt son attention.

D’après ces principes, nous nous croyons obligé de donner une notice des trois espèces d’air dont la connoissance importe le plus : l’air déphlogistiqué, l’air inflammable, & l’air nitreux. Nous renvoyons aux Livres de chimie, & aux Ouvrages qui traitent expressément de ces airs, en nous contentant de ne les considérer que sous le rapport qui nous regarde.

L’air déphlogistiqué mérite, à plus juste titre, le nom d’air que tout autre, puisqu’il est, par sa nature, l’air le plus pur & le plus respirable. Mêlé avec l’air fixe dans la proportion de trois à un, il paroît être la base de l’air atmosphérique & le principe de sa salubrité. Les