Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/361

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tances embrasées ; les bougies & les charbons allumés s’éteignent presque aussitôt qu’ils sont plongés dans son atmosphère : il a une odeur particulière.

La qualité la plus distinctive de cet air, c’est de pouvoir s’enflammer à l’approche d’un corps allumé ; il est cependant dans le cas de tous les autres corps combustibles, il ne peut brûler sans le concours de l’air commun ; mais dès qu’il est en contact avec lui, il brûle facilement, & même dans un seul instant & avec détonation, s’il est mêlé d’une quantité d’air suffisante pour son entière déflagration : cette quantité est de deux parties de fluide atmosphérique, contre une d’air inflammable. Renfermé dans une bouteille bien bouchée, il s’allume sans explosion sensible, s’il est bien pur & nullement combiné avec l’air atmosphérique : lorsqu’on la débouche, & qu’à son orifice on présente une lumière, il brûle alors très-lentement, & l’on voit dans la bouteille une flamme verdâtre descendre à mesure que l’air se consume, & subsister jusqu’à sa consommation totale. L’air atmosphérique qui se présente à l’orifice de la bouteille, & qui s’y introduit peu à peu, suffit pour qu’il brûle lentement ; mais la proportion est-elle plus considérable ? dès qu’on présente la bougie allumée, il s’enflamme brusquement en produisant une forte explosion, & il brûle en un instant fort court. L’air pur ou déphlogistiqué étant plus favorable à la combustion que l’air atmosphérique, on sent facilement que l’ignition & la détonation doivent être plus vives, lorsqu’il est mêlé avec l’air inflammable ; & suivant M. Priestley, il ne faut qu’une partie d’air déphlogistiqué contre deux parties d’air inflammable, pour produire la plus violente détonation.

La nature & l’art fournissent des moyens pour obtenir en quantité de l’air inflammable. Les mofettes (voyez ce mot) ou feu brisou, qui se dégagent des mines de sel gemme, & de celles de charbon de terre, ne sont que de l’air inflammable, qui prennent feu à l’approche d’une bougie allumée, & produisent, en détonant, une explosion plus ou moins forte. C’est à leur méphitisme naturel qu’il faut attribuer la mort prompte des mineurs & des animaux qui se trouvent enveloppés de ces moufettes.

Il s’élève quelquefois de dessus certaines rivières, du fond des marais & des eaux croupissantes, des latrines même, & des feuilles ou fleurs de certaines plantes, des vapeurs légères qui s’enflamment d’elles-mêmes ; ou à l’approche d’une bougie allumée, elles brûlent lentement, & la flamme est d’un bleu foncé. C’est encor ici de l’air inflammable. (Voyez Feux follets)

Enfin, dans plusieurs opérations chimiques, on retire une grande quantité d’air inflammable, comme les vapeurs produites des dissolutions d’étain, de fer, ou de zinc, par les acides vitriolique & marin, celles qui s’élèvent d’une précipitation de foie de soufre par les acides, des distillations de plusieurs matières végétales & animales, &c. &c.

L’air inflammable, à cause de l’air fixe auquel il est communément uni, est très-propre à la végétation : lorsqu’il s’élève de la terre, la surface