Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/42

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s’accordent à regarder la reine comme la seule femelle de l’espèce des abeilles, & les faux-bourdons comme les mâles, ont cependant des opinions différentes sur la manière dont ils coopèrent à la réproduction des individus. Swammerdam, qui a décrit avec la plus grande exactitude le sexe de la femelle & celui des mâles, ne croit point que les faux-bourdons s’unissent réellement par la copulation avec les femelles, malgré la grande ardeur qu’il leur suppose d’en approcher. Il pense que cette ardeur se termine à exciter en eux l’émission de la semence, le plaisir qui en est la suite, & qu’ils arrosent de cette semence les œufs pour les rendre féconds, ainsi que font les poissons. La grande disproportion qu’il a remarquée entre les organes de la génération des mâles & la vulve de la femelle, lui a fait regarder comme impossible l’accouplement entre ces deux sexes. Il a prétendu encore que le pénis, quoique d’une grosseur prodigieuse, n’avoit point d’issue pour la sortie de la liqueur séminale ; que son immense grosseur, relativement à la petitesse de l’animal, sa situation singulière lorsqu’il étoit dehors, étoient des obstacles à son introduction dans la vulve de la femelle. L’odeur forte & fétide que ces mâles répandent, l’a porté à croire que cette vapeur singulière qui s’exhale de leur corps, suffisoit pour féconder la femelle, & exciter en elle le desir, ainsi que le besoin de pondre ses œufs.

Ce que dit Swammerdam ne paroît pas suffisant pour persuader qu’il n’y a point d’accouplement entre les deux sexes des abeilles. Tous les animaux répandent une odeur plus ou moins fétide dans le tems de leurs amours, & cependant ils s’accouplent. Quoiqu’il n’ait pas trouvé d’issue au pénis pour la sortie de la liqueur séminale, elle peut être d’une petitesse si extrême, qu’elle lui ait échappé ; peut-être aussi ne se manifeste-t-elle que dans l’instant de la copulation : alors l’ouverture de la vulve de la femelle peut dans ce moment se mettre en proportion avec la grosseur du pénis du mâle ; sa courbure sur le dos de l’animal est singulière, il est vrai ; cette situation ne paroît point du tout propre à un accouplement ordinaire : afin qu’il pût avoir lieu, il conviendroit que la femelle prît l’attitude du mâle ; mais la nature est si variée & si étonnante dans les voies qu’elle fait suivre aux êtres pour la réproduction des individus de leur espèce, qu’on ne devroit point être surpris qu’elle se fût écartée des règles ordinaires dans cette circonstance.

M. de Réaumur, pour s’assurer si l’accouplement que Swammerdam jugeoit impossible ne pouvoit point s’effectuer, enferma dans un poudrier de verre une jeune femelle avec un mâle. Après avoir été quelque tems sans s’approcher, la femelle fut la première à rechercher le mâle, & à démentir par cette démarche peu honnête, que le seul besoin pouvoit excuser, le caractère de pudeur & de décence dont on fait honneur au sexe féminin ; elle s’efforça par ses caresses, ses agaceries, de l’exciter à répondre à l’ardeur de ses desirs ; elle étendoit sa trompe devant lui, afin qu’il prît le miel qu’elle lui offroit ; elle léchoit suc-