Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/501

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plus légère, surnagera, & l’eau remplira le fond du vase.

Mais si vous ajoutez à ces deux substances, de caractères si opposés, une quantité proportionnée d’un sel quelconque, il se formera un mélange ; le sel servira de moyen de réunion ; alors les trois substances seront combinées, & il en résultera un composé qui ne ressemblera à aucune des trois autres substances, considérées séparément ; ce sera un vrai savon susceptible de la plus grande division & de la plus grande atténuation. Voyez à quel point de grosseur les enfans, à l’aide d’un petit chalumeau en paille, font ballonner une très-petite gouttelette d’eau savonneuse : voilà le résultat du mélange & de la combinaison. Mais si la chaleur ne laisse pas à l’eau sa fluidité naturelle, & qu’elle se change en glace, le sel se précipitera au fond du vase, l’huile & l’eau se sépareront ; enfin l’huile sera figée, l’eau glacée, & le sel, au fond du vase, y sera presque sous forme concrète. Il a donc fallu quatre choses bien distinctes pour concourir à cette combinaison & à cet amalgame.

De cette comparaison, venons à l’application. Le soleil échauffant la masse de la terre, excite dans les racines & dans les débris des plantes, une fermentation. Le même effet a lieu sur les débris innombrables des animaux qui couvrent la terre, ou qui vivent dans son sein. Cette fermentation les fait passer petit à petit à l’état de putréfaction : mais comme l’expérience a prouvé que de toutes les plantes on retire du sel, de l’huile, de l’eau & de la terre, la putréfaction fait restituer à la terre ces principes que la végétation avoit absorbés. Ces principes ne peuvent pas rester isolés dans la terre : semblable à une éponge, elle se les approprie ; ils se nichent dans chaque cavité de ses molécules ; la chaleur les y fait pénétrer & se mêler plus intimément encore avec les matières salines qu’elle contenoit déjà ; de sorte que toutes ces substances combinées sont miscibles & se mêlent à l’eau, à l’humidité que la terre renfermoit. Pourquoi les terres calcaires sont-elles plus productives que les autres, sinon parce qu’elles contiennent en plus grande abondance un sel alcali, & parce que, dans la nature, il n’existe aucun sel qui s’unifie plus facilement avec les substances graisseuses & huileuses, pour en former la matière savonneuse. Voilà donc la terre prête à recevoir la semence lorsque son sein aura été ouvert par les labours ; & le soleil, le vrai vivificateur de la nature, a, par sa chaleur, préparé cette métamorphose, cet être nouveau, d’où dépend la bonne végétation.

Si, au contraire, la terre étoit restée constamment gelée, il n’y auroit point eu de fermentation ; dès-lors point de putréfaction des animaux ni des végétaux, point de recombinaison de principes, point de mélange savonneux ; dès-lors elle auroit été privée de la vie végétative, & on lui appliqueroit le mot de la Genèse : Terra autem erat inanis & vacua. Ensevelissez un melon, une cerise, &c. un chapon une poularde dans une masse de glace ; tant qu’elle subsistera, les corps resteront dans leur entier,