Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/503

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tuellement sec, la végétation est languissante, & par-tout ailleurs on ne la voit jamais plus active que lorsque le tems est bas, chargé d’électricité, & prêt à devenir orageux : cependant si l’air est trop étouffé, trop chargé d’exhalaisons, les graines germent mal, & sont long-tems à développer leurs tiges.

La loi des fluides est de se mettre en équilibre. Si, par exemple, l’atmosphère est trop chargée d’électricité, la terre en soutire une grande partie qu’elle s’approprie ; si, au contraire, l’atmosphère en est dépouillée, & la terre surchargée, l’air s’en imprègne. Il en est ainsi des autres substances. C’est par cette correspondance réciproque que s’opère l’amendement ; & l’air est, comme on le voit, le second moyen employé par la nature pour donner la vie aux végétaux, & soutenir leur existence.

On auroit tort de conclure de ces généralités, que tous les lieux éprouvent les mêmes effets de l’air atmosphérique. Un pays très-chaud par ses abris ou par sa position méridionale, & un pays très-froid, ou par son élévation, ou par sa position septentrionale, ne reçoivent pas également les mêmes bienfaits. Il faut une espèce d’assimilation & d’appropriation entre les parties constituantes du terrain & les matières tenues en dissolution par l’air. Les lieux concourent à changer l’état de l’air atmosphérique ; le nuage qui passe sur les montagnes du Faucigny, ou sur les glaciers de Suisse, éprouve une combinaison différente, dans les substances qu’il renferme, de celle qu’il éprouveroit en traversant sur les déserts arides de l’Afrique.

Si de ces généralités on descend à des objets particuliers pour juger de l’influence de l’air en général, & de ses effets différens & relatifs aux substances qu’il contient dans l’état de vapeur, l’expérience prouvera que des plantes mises dans des vases de même grandeur, remplis de la même terre, semés le même jour ; enfin, toutes les circonstances étant égales, réussiront beaucoup mieux dans un lieu où le terrain du voisinage aura été labouré, que sur celui qui ne l’aura pas été. Que produit donc le labour sur un vase dont les racines des plantes ne peuvent pas profiter ? La différence sera encore bien plus sensible, si un semblable vase est placé près d’un endroit où l’air atmosphérique soit gras & onctueux ; par exemple, près d’une étable, d’un parc de moutons, &c. La plante du vase placé dans le terrain inculte ou stérile, végétera maigrement en comparaison des autres, quoiqu’on lui ait donné les mêmes soins, les mêmes arrosemens, &c. Si, au contraire, l’air est trop pur, comme au sommet des hautes montagnes, toutes les plantes, & même les arbustes, seront bas ou rampans ; & si on y semoit des sapins dont les tiges sont naturellement très-élevées, ces tiges, par-tout ailleurs si fières & si droites, s’humilieroient comme celles de l’arbuste. Est-ce la pesanteur ou la trop forte élasticité de l’air qui les empêche de s’élever ? ou bien est-ce la privation de cet air fixe qui compose dans les villes plus de la moitié de l’air atmosphé-